Musique et styles
Afrobeats, coupé-décalé, mbalax, ndombolo : lequel choisir pour une chanson
Six styles souvent confondus, d'où ils viennent, à quoi ils ressemblent, et celui qui conviendra à la personne à qui tu penses.
Pourquoi le choix du style compte plus que les paroles
Quand on offre une chanson, on passe généralement tout son temps sur le texte et trois secondes sur le style. C'est l'inverse qu'il faudrait faire, au moins pour la première décision.
Les paroles agissent au bout de trente secondes, quand le premier couplet a été entendu et compris. Le style, lui, agit à la première mesure. Il place immédiatement la chanson quelque part : une époque, un pays, une ambiance de fête ou de dimanche après-midi. Une personne à qui l'on offre un morceau dans un genre qu'elle n'écoute pas décroche avant d'avoir entendu son prénom.
Les six styles ci-dessous sont régulièrement confondus, y compris par des gens qui les écoutent. Ils viennent de pays différents, ils ne se dansent pas de la même façon, et ils ne conviennent pas aux mêmes occasions.
Afrobeats — Nigeria, Ghana
À ne pas confondre avec l'afrobeat de Fela Kuti, qui est un genre distinct et bien plus ancien. L'afrobeats au pluriel désigne la pop ouest-africaine des vingt dernières années, celle qui domine aujourd'hui les classements internationaux.
Reconnaissable à son tempo modéré, à sa basse ronde et à un chant très mélodique, souvent en anglais ou en pidgin. C'est un genre chaleureux plutôt qu'énergique : on y danse sans s'épuiser.
Il convient à presque tout, et c'est ce qui en fait le meilleur choix par défaut quand on hésite. Anniversaire, déclaration, naissance, mariage : le registre reste juste. C'est aussi le style le plus universellement reconnu par les moins de quarante ans, quel que soit le pays.
Coupé-décalé — Côte d'Ivoire
Né à Paris au début des années 2000 dans la diaspora ivoirienne, puis reparti conquérir Abidjan. C'est un genre de fête, assumé comme tel, construit sur des rythmes rapides et des refrains conçus pour être repris en chœur.
Il ne se prête pas à l'intimité. Une déclaration d'amour en coupé-décalé sonne comme une plaisanterie — ce qui peut d'ailleurs être exactement l'effet recherché.
Son terrain est l'anniversaire, la réussite, la promotion, la fête de famille. C'est le style qui fait lever la table plutôt que celui qui fait taire la salle.
Mbalax — Sénégal
Le genre national sénégalais, popularisé par Youssou N'Dour. Il repose sur les percussions sabar, dont les frappes rapides et sèches sont immédiatement identifiables, et sur un chant très haut placé, souvent en wolof.
Le mbalax porte une charge d'appartenance forte. Pour quelqu'un du Sénégal ou de la diaspora sénégalaise, c'est le style qui ramène chez soi en une mesure, davantage qu'un afrobeats plus international.
Il fonctionne aussi bien en registre festif qu'en registre respectueux, ce qui est rare — d'où son usage aussi bien aux mariages qu'aux cérémonies familiales.
Ndombolo et rumba congolaise — RDC, Congo
Deux genres parents qu'il vaut la peine de distinguer, parce qu'ils ne produisent pas du tout le même effet.
La rumba congolaise est plus lente, portée par des guitares entrelacées et un chant ample. C'est une musique d'élégance et de nostalgie, celle des grandes voix classiques, et elle est inscrite au patrimoine immatériel de l'humanité par l'UNESCO. Pour un couple âgé, un anniversaire de mariage, un hommage, elle est presque toujours le meilleur choix.
Le ndombolo en est la descendance accélérée : plus rapide, plus rythmique, conçu pour la danse. Il occupe la même place au Congo que le coupé-décalé en Côte d'Ivoire — celle de la fête.
Amapiano — Afrique du Sud
Le plus récent de la liste, apparu dans les townships sud-africains à la fin des années 2010 et devenu depuis un phénomène continental.
Reconnaissable entre tous à ses basses très graves et étirées — le log drum — et à son tempo lent qui laisse énormément d'espace. C'est une musique hypnotique plutôt que démonstrative.
Il convient aux moins de trente-cinq ans, aux occasions décontractées, aux déclarations qui ne veulent pas se prendre au sérieux. En revanche, il ne parlera probablement pas à une génération plus âgée, qui ne l'a pas vu naître.
Comment trancher en deux minutes
Si tu hésites encore, trois questions suffisent à éliminer les mauvaises options.
- D'où vient la personne, ou d'où vient sa famille ? Le style du pays porte une charge que rien ne remplace, même si elle écoute autre chose au quotidien.
- Quel âge a-t-elle ? Rumba congolaise et mbalax parlent à toutes les générations. Amapiano et afrobeats parlent aux plus jeunes. Coupé-décalé et ndombolo dépendent surtout de l'ambiance voulue.
- Veux-tu qu'on danse ou qu'on écoute ? C'est la question qui départage le mieux : coupé-décalé et ndombolo pour la première, rumba et afrobeats pour la seconde.
Et si la personne appartient à deux mondes — une famille sénégalaise et une vie parisienne, par exemple — rien n'empêche de combiner deux styles. C'est souvent la réponse la plus juste, et c'est aussi la plus fidèle à ce qu'elle est.
Questions fréquentes
Peut-on mélanger deux styles ?
Oui, et c'est fréquent quand la personne appartient à deux univers musicaux. Une base afrobeats avec une couleur gospel, une rumba congolaise avec un refrain pop : le second style teinte le premier sans le remplacer.
Les paroles peuvent-elles être en wolof, en lingala ou en nouchi ?
Pas encore. Les paroles sont écrites en français ou en anglais pour l'instant — ce sont les deux langues où la prononciation est fiable. Les langues ouest-africaines sont en préparation.
Quel style pour quelqu'un né en France de parents africains ?
Cela dépend de ce qu'il ou elle revendique, et la réponse n'est pas évidente. L'afrobeats est le terrain commun le plus sûr. Si tu veux marquer le lien avec le pays d'origine, le style national — mbalax, rumba, coupé-décalé — sera reçu comme un signe, à condition qu'il y soit attaché.
Et si je me trompe de style ?
Le changement de style fait partie des trois modifications offertes après la première écoute : la chanson est recomposée dans le nouveau genre à partir du même texte. Autrement dit, l'erreur n'est pas définitive.